La conception gaullienne du pouvoir et la démocratie

Charles de Gaulle était militaire de carrière. Jusqu’en 1940, il avait essentiellement réfléchi à la nécessaire modernisation de l’armée, et notamment les blindés, faisant ainsi preuve d’un grande clairvoyance. Certains critiques attribuent à son profil militaire son « fonctionnement » politique ultérieur, très dirigiste, dans les quatre phases de sa vie politique: quand il coordonnait la résistance, quand il dirigeait le Gouvernement Provisoire d’union nationale (1945-1946) , quand il s’opposait totalement à la 4ème République (1946-1958), enfin et surtout quand il dirigeait fermement la 5ème République (1958-1969).

Il n’en est rien. Pendant la Grande Guerre (et surtout sa captivité) , il défendait au contraire la thèse de « ne pas laisser les militaires la conduire ». C’est au pouvoir politique (Clemenceau, pour résumer) de décider, et aux militaires d’obéir. Il était avant tout partisan d’un gouvernement fort dans la direction des affaires de la nation. Dans sa vision de la gestion d’un pays, la réalité est mouvante, imprévisible. Pour y réagir et s’adapter à chaque instant, il faut des connaissances (des problèmes posés et des solutions possibles), de la lucidité (dans le choix des solutions) et de la rapidité (pour les appliquer). Et dans ce cas l’image militaire du général face à l’ennemi n’est pas la meilleure, mais plutôt devant celle du capitaine (civil) face à la tempête.

Dans la tempête le parlement (les passagers) ne doit pas être le décideur. C’est l’équipage (le gouvernement) et surtout son capitaine (le chef de gouvernement) qui doivent mener le navire. Et pour de Gaulle un pays est toujours dans la tempête

Charles de Gaulle aurait pu parfaitement faire adopter deux modifications à la 4ème République qui l’auraient stabilisée : rendre plus difficile la motion de censure, comme en Allemagne, et rendre plus facile la dissolution (comme au Royaume Uni). Mais il ne pouvait pas se satisfaire, personnellement, d’un système parlementaire classique, quel que soit son degré de rationalisation (c.à.d. de renforcement du gouvernement face aux députés). Il souhaitait que les décisions ne soient plus construites par le débat parlementaire, mais par l’échange permanent entre gouvernement et administration. Et seulement entre eux deux.

Cette façon de court-circuiter (ou d’ignorer) le débat du parlement entre différents partis, pour ne lui demander que de voter ses décisions, n’est pas l’esprit d’une démocratie parlementaire.

Contrairement au mythe gaullien, on peut très bien avoir un parlementarisme rationalisé dirigé par un Premier Ministre, et avec un Chef d’Etat non politicien, replacé réellement « au-dessus des partis », car « à côté du pouvoir » et non plus « au sommet du pouvoir ».

RGPD
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