La 5ème République, dits et non dits

Les clichés ont la vie dure. « La 5ème République a été écrite par de Gaulle pour de Gaulle » est un exemple de ces raccourcis faciles à sortir dans un débat télévisé, au cours d’une réunion politique, ou même, pour le commun des mortels, lors d’un repas de famille. Facile et confortable, car personne ne vous contredira. Tous hocheront la tête en signe d’approbation, qu’ils soutiennent la 5ème ou qu’ils la critiquent. Et on passera à autre chose.

En réalité, la 5ème n’a jamais été un costume fait expressément à la mesure de Charles de Gaulle. Elle fut « négociée » entre les gaullistes et le reste de la classe politique, communistes exceptés. Nous avons déjà vu qu’elle instaure un parlementarisme très rationalisé, avec un gouvernement fort, et une tête unique de l’exécutif, le Premier Ministre. Mais elle oblige aussi le Chef de l’Etat, contrairement à la 4ème, à assumer pleinement un rôle d’arbitre institutionnel fort. C’est lui qui est désormais chargé de nommer « souverainement » le Premier Ministre lorsque le poste est vacant (mais il ne peut pas le congédier). Ceci pour éviter des tergiversations intra-partisanes qui risqueraient de traîner en longueur. Mais bien entendu, ce choix doit être tacitement accepté par la majorité parlementaire. Sous la cohabitation, ce choix lui est même imposé par la coalition majoritaire.

C’est lui aussi qui est chargé, tout aussi souverainement, de dissoudre l’assemblée nationale lorsqu’un blocage majeur se produit. Mais la dissolution n’a pas pour but de « lui (re)donner une majorité », mais d’en trouver une nouvelle, choisie par les électeurs.

Non, Charles de Gaulle n’a pas imposé la constitution (hyper-présidentialiste) qu’il souhaitait. Elle n’aurait sans doute pas été validée par le reste de la classe politique, ni par les français lors du référendum de 1958. La meilleure preuve, c’est qu’il ne put même pas y faire inscrire le droit de révoquer le Premier Ministre. Cela allait à l’encontre des principes d’une république clairement parlementaire.

Certes, une fois à l’Elysée, il pratiqua non pas la constitution qu’il avait fait voter, mais celle qu’il avait rêvée.

Pour comprendre la conception gaullienne du pouvoir et de la démocratie

La pratique de la 5ème ne respecte pas son texte

Depuis 1959, ce décalage entre le texte fondateur (parlementaire) et la pratique (présidentialiste) qui prétend s’appuyer sur lui n’a éclaté au grand jour que pendant les cohabitations. Pour supprimer les cohabitations, et avec elles tout risque de nouveau retour à l’impuissance élyséenne, nous avons vécu, au tournant du siècle, la saga de la mise en place du quinquennat, avec bien de rebondissements !

Pourquoi le septennat est devenu quinquennat

On accuse désormais le rythme quinquennal de provoquer une insupportable verticalité du pouvoir, car l’élection des députés a lieu dans la foulée de celle du président. En quelque sorte, ceux de la majorité « présidentielle » seraient élus par lui, plus que par électeurs ! Certaines personnalités, et notamment certains qui ont candidaté en 2022, ont proposé un retour au septennat, éventuellement non renouvelable.

En réalité, le problème de base n’est pas tellement la durée des mandats. En revenant au septennat, on pourrait très rapidement avoir une 4ème cohabitation, et un nouveau débat byzantin qui reviendra systématiquement tant qu’on ne s’attèlera pas au vrai sujet: le présidentialisme est un vrai problème pour notre démocratie, et il faut imaginer comment le dépasserC’est l’objet de ce forum.

RGPD
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