Dans sa pratique présidentialiste, Charles de Gaulle nous proposait une vision très particulière du pouvoir exécutif. Pour la simplifier à l’extrême: le Chef de l’Etat décide SEULEMENT des grandes lignes, le Premier Ministre SEULEMENT de l’intendance. En quelque sorte, l’Elysée choisit la partition de musique, et Matignon l’instrument.
De nos jours, les médias utilisent l’image (militaire) suivante: le Président rédige la feuille de route à laquelle tous les ministres, à commencer par le Premier, doivent se plier.
Vu comme ça, le présidentialisme se prétend souple mais efficace. En réalité, en période dite « normale », c.à.d. hors cohabitation, le conflit larvé entre Président et Premier Ministre est permanent. Les équipes de conseillers sont doublées, les ministres ne savent pas bien à lequel des deux s’adresser pour faire avancer leurs dossiers respectifs. Dans leurs interventions en séance, les députés n’échangent pas avec le vrai décideur, mais avec son ambassadeur.
Quel contraste avec les périodes de cohabitation, pendant lesquelles Matignon a enfin les mains libres !
Voici deux courts témoignages de P.M. cohabitants
En dernière extrémité, les défenseurs du présidentialisme (et donc de la dyarchie) nous assènent que la France est une grande puissance économique et nucléaire, et que cette lourde responsabilité du Président est incompatible avec la conduite au quotidien des affaires de la Nation, qu’il doit donc « sous-traiter» à Matignon. Nous pouvons leur rétorquer que ni les Etats-Unis (régime présidentiel) ni l’Inde (régime parlementaire) n’ont besoin d’une quelconque dyarchie pour gérer leur puissance économique ET nucléaire.
Dans une logique constitutionnelle de simple bon sens, celui qui a les mains dans le cambouis et les bottes dans la gadoue (le Premier Ministre), et qui d’ailleurs porte seul sur ses épaules la responsabilité politique devrait être le seul à diriger la politique du pays. Ça tombe bien, c’est ce que prévoit le texte de la constitution. Et si on commençait par l’appliquer ?