Le présidentialisme a de nombreux défenseurs. Leurs arguments paraissent à première vue frappés au coin du bon sens.
En choisissant directement la personne qui nous gouverne, le résultat du second tour de la présidentielle nous dit immédiatement quelle est celle qui va tenir les rênes du pays pendant cinq ans. Alors que chez nos voisins, rien n’est acquis ni aussi vite ni pour aussi longtemps. Certes, chaque parti y présente son candidat au poste de Premier Ministre, et c’est lui qui dirige la campagne des législatives. En votant pour un parti les autres européens votent donc aussi pour son chef de file, bref, pour une personne, comme nous. Mais après le scrutin, les différents partis y négocient la construction du futur exécutif en fonction de leur poids respectif. Ainsi, la personne qu’une coalition choisit pour gouverner peut ne pas être la championne du parti qui a obtenu le plus de de suffrages. Même plus, en cas de difficultés, la coalition peut proposer une personne qui n’a même pas fait campagne, consensuelle et en général plus technique que politique. En France, on appelle cela, de façon un peu méprisante, s’arranger dans le dos des électeurs.
Quant à la durée du mandat du Premier Ministre, elle est conditionnée… à celle de la coalition. Le gouvernement peut être renversé par une motion de censure, ou bien décider de convoquer de nouvelles élections. Les mandats de quatre ans qui sont presque partout la norme dans l’Union Européenne sont donc parfois raccourcis, et de beaucoup.
Un autre avantage serait celui de la légitimité. En étant élu directement par le peuple plutôt que par le parlement, un Président aurait davantage le droit d’imposer une politique difficile, voire impopulaire, qu’un Premier Ministre obligé de composer quotidiennement avec les députés, y compris ceux de SA majorité.
Stabilité et légitimité, pour résumer.
Passons rapidement sur l’argument de la légitimité. Le chancelier allemand Konrad Adenauer était-il moins légitime que Charles de Gaulle, ou Helmut Schmidt moins légitime que Valéry Giscard d’Estaing ?
Quant à celui de la stabilité, cela ne justifie pas selon nous qu’en France une seule personne soit détentrice, en même temps, du pouvoir exécutif ET du pouvoir législatif. En effet, lorsque le Président dispose d’une majorité élue juste après lui, celle-ci lui doit tout, chacun de ces « représentants de la nation » ayant été élu grâce à la mention très explicite « majorité présidentielle » lors des législatives. Ils ne représentent plus la nation, mais le Président lui-même ! Et en face d’eux ils ont un Premier Ministre choisi par le Président pour exécuter sa politique à lui.
En résumé, le Président de la République est seul maître à bord à Matignon ET au Palais-Bourbon, deux endroits où pourtant il ne met jamais les pieds !
A contrario, les régimes parlementaires qui s’assument comme tels affrontent sans rechigner les difficultés de la démocratie. Elle est synonyme de débat, de recherche de consensus, de compromis. Une majorité parlementaire qui fonctionne « à l’européenne » peut commettre des erreurs, parce qu’elle réfléchit et agit, tout autant qu’un Président à la française. Mais jamais elle ne se cherchera un fusible. Il lui arrivera même parfois de s’autodissoudre lorsqu’elle sent que la confiance du peuple n’y est plus. Et si le peuple ne la lui renouvelle pas, personne ne parlera de dissolution ratée, mais de respiration démocratique.
Voyons maintenant les problèmes générés par la pratique présidentialiste.
La guerre de personnes prime sur les combats collectifs
La dyarchie à la française ne se justifie pas
Maintenant, en espérant avoir bien exposé POURQUOI la France devrait rejoindre la « normalité parlementaire », un écueil apparaît, le COMMENT. Et il est de taille !