Revoilà la proportionnelle ! (Épisode 5)
La proportionnelle en coma…irréversible ?
Cette réforme tant attendue par une majorité de l’opinion risque de finir en flop retentissant.
Certes, le renversement du gouvernement de François Bayrou (défenseur historique de la proportionnelle) va éteindre les timides avancées obtenues dans le débat national depuis un an.
Mais un écueil supplémentaire est apparu, qui de toute façon aurait suspendu le projet. Il s’agit de la très grande probabilité que de nombreux députés RN actuels refusent de suivre la direction de leur parti qui avait toujours exigé la proportionnelle. Essayons de comprendre ce mystère.
En 2024, avec le système uninominal, le RN ont obtenu (pour simplifier) moins d’un quart des sièges avec pourtant presque un tiers des voix. Lors d’une prochaine dissolution, une proportionnelle sur circonscription unique nationale lui donnerait un pourcentage en sièges égal au pourcentage en voix, à savoir un tiers (192 députés). Ce que la direction du parti souhaite, en toute logique.
Sauf que le projet de proportionnelle, si par miracle il ressuscitait, se ferait sur des cironcscriptions départementales, comme en 1986 ou sous la 4ème République. Et là, tout change brusquement. En effet, dans un certain nombre de départements le RN détient actuellement plus d’un tiers des circonscriptions, et parfois la totalité. Avec la liste départementale, le nombre de candidats éligible dans chaque circonscription départementale serait limité à son score réel (par exemple un tiers des sièges s’il obtient un tiers des voix dans tel département, un quart ou les deux tiers dans tel ou tel autre). Avec le système « majoritaire » actuel, tous peuvent espérer être réélus. Et même ceux qui ont raté la marche de peu en 2024, sont impatients de venir grossir leurs rangs.
Il y a donc une contradiction entre l’intérêt personnel (et même individualiste) du « député RN de circo », à savoir être réélu, et l‘intérêt collectif du « parti RN » qui aimerait obtenir un tiers des sièges et non pas un quart comme actuellement.
Ces dissensions peuvent-elles provoquer une crise grave en interne ? Paradoxalement, pas du tout, ou en tout cas plus maintenant. Car le système actuel, qui a pénalisé le RN en 2024, peut tout aussi bien les favoriser la prochaine fois. En 2024, le RN est passé à moins de 400 000 voix de la majorité absolue en sièges avec environ 34% des voix (*) Cela n’exige qu’un déplacement en voix de…moins de 1% du corps électoral !
Pour résumer, avec un tiers des voix le RN obtenait hier un quart des sièges. Avec le proportionnelle, il en obtiendrait aujourd’hui automatiquement un tiers. Avec le système actuel, peut-être resterait-il demain à un quart, ou peut en gagnerait-il…289, c’est-à-dire la moitié plus un.
Voilà l’éventail des possibilités aberrantes de notre système électoral dit « majoritaire ».
Cette aberration était considérée comme acceptable, et même souhaitable pour la gouvernabilité, lorsque les partis qui en bénéficiaient n’avaient que la moitié des électeurs contre eux, lesquels espéraient en bénéficier à leur tour aux législatives suivantes. Mais lorsque le seul parti qui en bénéficie est rejeté par les deux tiers de nos concitoyens, elle deviendrait pour eux inacceptable.
En conclusion, suite à la dernière dissolution le miroir ultra-déformant de notre système électoral a frustré les français électeurs du RN et soulagé le reste de nos concitoyens. Aux prochaines élections législatives, le résultat en sièges pourrait très bien s’inverser, avec pourtant les mêmes résultats en voix qu’en 2024 qu’annoncent les sondages.
Merci de votre attention, et ne manquez pas les prochains articles du FOREPAR !
(*) . Ce nombre est le total des demi-écarts en voix dans les duels perdus par le RN dans les 160 circos où cet écart était le plus faible. Celles qui lui auraient permis d’atteindre 289 sièges./
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