Parmi les innombrables hypothèses pour sortir de la pratique présidentialiste, il y en a une que les analystes récusent totalement, la qualifiant d’absurde. C’est celle d’une candidature à l’Elysée ayant pour seul et unique programme…de respecter strictement le texte parlementaire de la Constitution de notre 5ème République ! Cela impliquerait pour l’hôte de l’Elysée de ne plus s’approprier les pouvoirs du Premier Ministre, et de rester un « simple » Chef d’Etat, analogue aux autres présidents européens, dont la plupart sont pourtant élus aussi au suffrage universel direct.
Voici ce que pourrait être une telle déclaration de candidature:
« J’ai décidé d’être candidat à la présidence de la République pour exercer ce mandat dans un esprit différent de celui qui prévalait jusqu’à aujourd’hui. Contrairement aux apparences, la 5ème République est parlementaire. Nos institutions actuelles donnent au gouvernement, sous la conduite du Premier Ministre, des prérogatives importantes dans la procédure législative. Il serait donc inutile, voire anormal, que j’aie un projet politique de gouvernement, car ce n’est pas le rôle du Chef d’Etat dans une République qui assume sa nature parlementaire.
Si vous m’accordez votre confiance, je demanderai aux formations politiques de peaufiner leur programme pour les élections législatives, les seules élections qui méritent d’être reines. Pour qu’elles fassent campagne librement, chacune d’entre elles soutenant, pour Matignon, une candidature au poste de Premier Ministre. Je refuserai par conséquent de vous demander une majorité présidentielle, vous laissant libres de décider de la future majorité parlementaire, au besoin par des alliances avant ou après les élections législatives.
Au vu des résultats de ces élections, je nommerai au poste de Premier Ministre la personne sur laquelle une majorité parlementaire conviendra. Et que je laisserai libre de gouverner, en accord avec l’article 20. Si aucune personnalité ne recueille l’accord d’une majorité, j’exercerai alors mon rôle d’arbitre institutionnel pour faciliter le dialogue entre formations politiques et trouver une issue. C’est seulement en dernière extrémité que je pourrai être amené à prendre la lourde responsabilité de vous appeler de nouveau aux urnes.
Cette nouvelle pratique de nos institutions n’est pas contraire à leur esprit fondateur, car elle serait enfin parfaitement en accord avec son texte, celui que les français ont voté au référendum du 28 septembre 1958″.