Jusqu’aux récentes élections législatives anticipées, nous vivions dans l’illusion. Nous voilà désormais dessillés.
Le système uninominal à deux tours garantissait, soi-disant, la gouvernabilité par des partis considérés comme « raisonnables », en leur donnant une majorité absolue, même en étant minoritaires en voix au premier tour. Depuis le 7 juillet, cette théorie n’est plus défendue par personne.
De plus, il devait empêcher qu’un parti vu comme « dangereux » par beaucoup de nos concitoyens puisse obtenir cette fameuse majorité absolue au second tour, même en devançant tous les autres au premier tour. Pour l’instant, le mécanisme des désistements a fonctionné, mais les scores obtenus par les candidats RN battus en duel sont très proches de la majorité dans de nombreuses circonscriptions. Le seuil où le phénomène pourrait s’inverser, et ce parti obtenir plus de parts de marché en sièges qu’en voix, semble se rapprocher. Ce mythe du fameux « plafond de verre » sera commenté dans notre prochain épisode, chiffres à l’appui.
Restons-en donc pour l’instant au premier mythe qui vient de mettre un genou à terre : celui de la fameuse gouvernabilité.
Nous avons vu que les résultats de ces élections « clarifiantes » sont tout sauf clairs. Les alliances préélectorales, tant vantées par les défenseurs du système actuel ne suffisent pas pour que le « bloc » de gauche (PS, Les Ecologistes, PC et LFI) puisse gouverner. Idem pour le deuxième bloc d’alliance constitué avant l’élection, composée de Renaissance, Modem et Horizons. Il n’a que 14 sièges de retard sur le premier bloc, mais encore plus loin d’une majorité relative qui puisse tenir dans la durée. Quant au troisième bloc (le RN avec ses LR alliés), il nous avait averti que sans majorité absolue il refuserait Matignon.
Cette « proportionnelle de fait » n’est pas une vraie proportionnelle, comme celle que nous avons connue lors des élections européennes qui ont précédé les législatives.
Avec une proportionnelle de droit à un seul tour, celle qui existe dans toute l’Union Européenne sous des formes très diverses, les citoyens seraient libres dans l’isoloir, car ils choisiraient librement le parti qui a leur préférence, et n’hésiteraient qu’entre deux partis très proches. Et l’hémicycle de l’Assemblée Nationale serait beaucoup plus pacifié, car avec la notion d’alliance post-électorale, loin du cliché de « trahison des électeurs », on accéderait ainsi à la normalité de toute démocratie parlementaire.
Cerise sur le gâteau, comme la gouvernabilité exige des alliances post-électorales scellées au Palais-Bourbon, et non plus au Palais de l’Elysée, le rôle du Chef de l’Etat redeviendrait ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, et qui est le seul que lui confère notre Constitution, celui d’un facilitateur du dialogue, qui met de l’huile dans les rouages plutôt que sur le feu. L’expression ô combien méprisante de « président potiche » ou « inaugurateur de chrysanthèmes » disparaîtrait de notre vocabulaire. Cela marquerait enfin le début de l’âge adulte pour notre démocratie.
Merci de votre attention et de vos commentaires, surtout s’ils sont critiques.
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