Un très long été, un automne bloqué et un gouvernement renversé. Voilà le résultat de la dernière dissolution.
Le scrutin uninominal à deux tours s’est révélé totalement inopérant pour dégager une majorité parlementaire viable, face à la tripartition stricte de l’hémicycle en 3/3.
Mais cette proportionnelle de fait n’est pas une vraie proportionnelle, car la liberté de vote, celle que nous avons connue le 9 juin aux européennes, y est assez réduite : répartition des circonscriptions entre PC, PS, Les Ecologistes et LFI au premier tour, vote dit « obligatoire » contre le RN au second.
De nombreux analystes pensent que désormais il ne faut pas chercher à retrouver un système binaire. Celui qui reposait sur deux familles de partis, celle de toutes les droites et celle de toutes les gauches, alliées au premier ou au second tour. Ils nous appellent à accepter enfin le « multilatéralisme » en politique, donc à une proportionnelle de droit.
Plusieurs projets sont actuellement en réflexion par les acteurs et penseurs institutionnels ou politiques, voire en discussions semi-secrètes (celles qui comptent le plus) :
Un scrutin avec des listes départementales pour les départements de PLUS de 10 ou 11 députés, les autres restant en uninominal à deux tours.
Un scrutin avec des listes départementales pour TOUS les départements.
Un scrutin avec des listes régionales sur les 18 régions actuelles ou les 27 d’avant 2016.
Un scrutin avec une liste nationale (comme aux européennes) avec ou sans prime majoritaire, et avec un seuil d’entrée à définir.
Le problème c’est que certains partis voudraient la proportionnelle qui leur convient personnellement à court terme. Ils sont encore dans un schéma intellectuel basé sur le système bipartisan, celui où chacun préférait attendre cinquante ans pour toucher le gros lot, c’est à dire la majorité absolue qui évite de négocier, plutôt que partager le pouvoir en coalition pendant cinq ans, comme le font tous nos voisins depuis des décennies.
Cette indispensable réforme doit être négociée intelligemment, dans l’intérêt de la démocratie à long terme.
Espérons que tous les partis politiques arrivent à s’entendre pour choisir un mode de scrutin de liste où chacun fera des concessions, sans s’arc-bouter sur celui qui l’arrangerait actuellement, tout simplement parce qu’il pourrait bien le pénaliser ultérieurement.
Merci de votre attention et de vos commentaires, surtout s’ils sont critiques.
Quels sont les courants proposant tel ou tel nouveau mode de scrutin ? Et quels sont ceux souhaitant le statu quo ?
Merci
Les formations politiques ont des intérêts divergents :
Le RN a absolument besoin de législatives à un seul tour pour éviter le « front républicain » au second. Il dit clairement sa préférence, avec une prime majoritaire de 25% pour la liste arrivée en tête, comme aux régionales françaises ou aux législatives grecques. Cette prime de 25% n’a de sens que sur de grandes circonscriptions (de la taille d’une région, par exemple, avec plusieurs dizaines de sièges) ou sur une circonscription unique nationale.
Le PS a absolument besoin de législatives de liste, et surtout avec des circonscriptions assez grandes pour ne pas avoir besoin de se répartir avec d’autres les places dans la liste (comme il se sont répartis les circonscriptions au sein du NFP). Mais il ne communique pas vraiment sur le sujet, bien qu’il négocie probablement très sérieusement avec François Bayrou, partisan historique de la proportionnelle.
Le Ecologistes ont publié une tribune pour des législatives de liste sur circonscriptions régionales.
Les autres partis sont dans l’expectative, ou en tout cas gardent un silence total, à l’exception de LR, qui refuse tout changement au système actuel, car « ce serait la mort de la Vème République ». En réalité, une vraie proportionnelle ne signerait que la mort de sa pratique présidentialiste, et donc le retour à l’esprit fondateur de 1958 (parlementarisme rationalisé au profit du Matignon, pas de l’Elysée). Et ceci malgré l’élection présidentielle instaurée en 1962.