Suite à l’adoption du quinquennat en 2001, l’automaticité d’une majorité absolue dans la foulée de la présidentielle était considérée comme acquise. On pouvait donc « lâcher un peu la bride au parlement », sachant que de toute façon il n’oserait plus jamais bloquer les desiderata de l’Elysée. Desiderata transmis pour exécution à Matignon, à charge pour ce dernier de faire plier les réticences. En effet, les députés de la majorité doivent désormais leur élection (dans quel pourcentage ?) à celle du Chef de l’Etat. Ils en deviennent donc ses obligés. En échange de cette assurance vie, la réforme de 2008 bridait le 49.3 au détriment du gouvernement et donc au bénéfice du parlement. L’exécutif ne peut l’utiliser désormais qu’une fois par session, sauf pour le vote des budgets, où il peut être déclenché sans limites.
Las, le 19 juin 2022, le postulat de base du système quinquennal s’écroule. Sans majorité absolue, l’assemblée nationale doit déjouer les tourbillons d’une démocratie parlementaire classique, mais sans jamais avoir appris à nager. Soixante ans de « majoritarisme » (qu’il fût « présidentiel » ou « de cohabitation » importe peu) nous avaient ramenés (et maintenus) dans l’univers simple de l’enfance politique.
Nous voilà obligés de réfléchir et d’agir en adultes. Et ce n’est pas facile.
En 2020, Emmanuel Macron avait confié à des journalistes l’intérêt de la proportionnelle : « La France n’a pas la culture du consensus. Pour la créer, il faut la proportionnelle ». Sous-entendu, ce ne sont pas les cultures particulières des peuples qui conduisent à modeler leurs institutions, mais l’amélioration des institutions qui les aide à mieux construire leur culture politique.
Sauf qu’on n’apprend pas à nager en un jour. Il est certain que des blocages au parlement apparaîtront dans les prochains mois. Du côté du gouvernement comme du côté des oppositions, avec une majorité parlementaire (Renaissance, MoDem et Horizons) se retrouvant en position d’arbitre politique, puisqu’il n’y a pas de 49.3.
Puisse l’intelligence de tous nous épargner une prochaine dissolution. Car il faut laisser du temps au temps. Pour apprendre le débat, la concertation, les concessions mutuelles. Une démocratie adulte est à ce prix.
Merci pour la clarté et la pertinence du propos.
L’absence de majorité absolue révèle, s’il le fallait encore, que le présidentialisme majoritaire est incompatible avec le caractère parlementaire de la constitution de 1958. Une dissolution n’y changerait rien. La recherche du « compromis » est de plus en plus nécessaire. Elle passe par l’amélioration de nos institutions : proportionnelle aux législatives et régime primo-ministériel.